Heavy-blues prolétaire


Les cheminées des usines de pneumatiques de Stoke-On-Trent dégagent une épaisse fumée blanche qui flotte comme une haleine céleste aux relents de caoutchouc. La ville, située au nord de l'Angleterre, est un bassin historique de l'industrie lourde britannique. La cité vécut au rythme des mines de charbon et de minerai de fer, ainsi que de la sidérurgie. De ces villes laborieuses, comme Birmingham, Manchester, ou Sheffield, naquit le meilleur du Rock lourd des années 70 : Black Sabbath, Judas Priest, 50 % de Led Zeppelin, Chicken Shack, Trapeze


Il y fleure bon l'ennui pour les gamins, teinté d'une fierté de prolétaire. C'est que le soir, à la sortie de l'usine, il faut se vider la tête, trouver un palliatif pour évacuer le bruit des machines, du minerai qui se concasse, de la pièce d'acier en fusion qui se forge. On vibre au son du Boogie, du Hard-Rock, le tout arrosé de stout dans les pubs.


Pour les musiciens, c'est aussi et surtout l'occasion de fuir cet horizon moribond. Le Stoner est un monde cruel, et vivre de sa musique est souvent un vœu pieux, surtout quand on opte pour un son résolument Bluesy et psychédélique. Mais que les groupes cherchent à en vivre à plein temps, ou à jouer à côté de la besogne alimentaire, il s'agit de fuir ce monde de merde. Le besoin d'évasion psychique conjugué à une musique lourde imprégnée de Blues fait souvent des miracles. Car le Blues est ancré dans ces terres. Le prolo blanc s'est reconnu dans la souffrance des noirs américains. Il en a transposé sa frustration et sa colère païenne, et cette substantifique potion nous a offert Led Zeppelin, Black Sabbath, Ten Years After, Fleetwood Mac avec Peter Green, Cream, Savoy Brown, Jeff Beck Group avec Rod Stewart….


Cet héritage semblait bien loin depuis longtemps. L'industrie lourde avait fortement dérouillé avec Margaret Thatcher, et depuis à peu près trente ans, la critique britannique cherche les nouveaux Beatles. Oasis fit un temps illusion, mais au fond, cela n'était pas sérieux. Depuis, le Rock se meurt partout dans le monde, et la Grande-Bretagne oublia ses héros pour se rouler dans l'électro-pop et la techno hardcore, comme si comme l'autre pouvait remplacer cette âme profondément ancrée dans les chairs des hommes depuis plus de cent ans.

Red Spektor, ils ont le blues



Il ne faut pas grand-chose pour rallumer la flamme de la colère électrique. Il suffit juste d'un peu de frustration, et de quelque érudition musicale. Ainsi naquit Red Spektor en 2012. Composé du guitariste et chanteur John Scane, du batteur Darren Bowen, et du bassiste Rob Farrell, le groupe commence rapidement à écumer les clubs de la ville et de ses alentours. Le premier EP éponyme sort en janvier 2014 en autoproduction, et attire l'oreille du label Kozmik Artifactz. Le premier album paraît deux ans plus tard.


Il confirme toute la qualité de la musique de Red Spektor : une guitare saturée gargouillant de wah-wah, une basse aux relents jazzy courant derrière les riffs, et une batterie dynamique. On retrouve des saveurs similaires à Graveyard, mais c'est bien dans les deux premiers albums de Blue Cheer et dans le Heavy-Blues sale anglais du début des années 70 comme Leaf Hound que Red Spektor est allé chercher. Le son sale et organique de la guitare de Scane fait des merveilles, griffant joyeusement l'oreille de l'auditeur.



Ce premier album est à la fois gorgé de ces influences, mais aussi de la terre dont il est issu. Dense, imprégné de Blues électrique de la fin des années 60, de Proto-Metal, c'est un disque d'érudit, aussi efficace que discret. Il ne révèle ses secrets qu'après plusieurs écoutes attentives, au casque. On se laisse porter par la magnifique osmose de ces trois musiciens fascinants.

Que faut-il en retenir ?



Le disque compte dix morceaux, et il n'y a littéralement aucun temps mort pour qui vibre au son Proto-Heavy-Blues, pour qui « Outsideinside » de Blue Cheer est un orgasme absolu. Red Spektor baigne largement dans la science-fiction vintage et l'occulte, ce qui n'est pas sans me déplaire. J'aime les musiciens cultivés. 'Before The Sunrise' débute de manière assez massive sans trop bousculer l'auditeur. Néanmoins, les caractéristiques du trio sont affichées : basse ronde et omniprésente, entre Geezer Butler de Black Sabbath et Jack Bruce de Cream. La guitare est tendue, et gronde, vrombit, comme celle de Leigh Stephens de Blue Cheer, avec toutefois une maîtrise qui se rapproche de Jimi Hendrix. Le vrai grand coup de pelle dans la pomme arrive avec 'Pagan Queen'. Riff ravageur, rythmique mid-tempo démoniaque, le morceau vous tient à la gorge, et ne vous lâchera pas de toute sa saturation affichée. 'Timeless Requiem' est un puissant boogie spatial qui emporte tout sur son passage. Mais ce n'est rien avant le pinacle absolu de ce disque : 'Cosmonaut'. En trois minutes et trente secondes, c'est le plaisir total : un riff redoutable, gorgé de Blues overdrivé. La rythmique galope derrière avec une grâce infinie. Les roulements de caisse, les doigts de Farrell qui courent sur les grosses cordes métalliques de sa basse, les a-coups de wah-wah font de ce morceau une véritable pépite méconnue de Stoner-Rock Heavy-Psyché. Les doigts de Scane parcourt le manche avec délicatesse, les chorus fusent, le trip est total.


Le disque n'est pourtant pas à l'agonie. 'Elixir' est un Proto-Doom évanescent qui se charge d'électricité sur les refrains. 'Into The Maelstrom' est une pièce de musique plus spatiale. Un riff entêtant est accompagné de roulements de toms, pendant que la voix vaporeuse s'échappe en fumée au-dessus de la ligne de basse. On y distingue 'Planet Caravan' de Black Sabbath.


'Fields Of Fire' est un violent uppercut de Heavy-Blues, absolument ébouriffant de brio électro-acoustique. 'Torpedo Head' est un Boogie ravageur imprégné de saturation, un véritable obus, suivi d'une pièce d'artillerie du même calibre : 'Black Moon Rising'. Le disque se clôt sur un superbe Folk-Blues acoustique : 'Lost Soul'. Imbibé de cette âme celtique typiquement anglaise qui alimenta notamment Led Zeppelin, il surprend et émerveille par son audace musicale. Red Spektor publia avec son premier album un disque magnifique, riche, digne héritier de cette âme ouvrière anglaise des années soixante, un délice sonore à découvrir d'urgence.

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On l'attend parfois, le voyage cosmique. On aimerait foutre le camp de cette planète, se confronter à la poussière des étoiles, dériver dans l'hyper-espace, voir l'infini plutôt que la médiocrité de ce bas-monde. Les pays du Nord de l'Europe semblent être le terrain propice à une certaine forme de dérapage psychologique qui conduit à des musiques certes pointues, mais souvent passionnantes : Black-Metal, Stoner-Metal, Drone, Psyché-Folk…. L'alternance angoissante de grands espaces de lumière et d'obscurité, mêlée aux paysages de montagne et de grandes forêts de résineux portent au pinacle des cerveaux partagés entre le monde des anciens Vikings, et celui de la société de consommation occidentale qui nous ronge tous. La Norvège est une pépinière d'êtres troubles qui refusent obstinément de plier à la musique poubelle du moment.

Turning Electric, la consécration d'une formule



La belle pochette de cet album attire irrémédiablement mon œil, et me pousse à plonger mes conduits auditifs dans la musique Stoner-Psych de Spectral Haze. « Turning Electric » est leur troisième album, auquel s'ajoute un split-LP avec Tusmørke en 2015. Capté sur la longueur, entre décembre 2015 et juin 2016, il s'agit sans aucun doute de leur disque le plus abouti. Présenter les effectifs de Spectral Haze relève de la pochade, car les musiciens se cachent derrière des pseudonymes farfelus : Spacewulff au chant et à la guitare, Sonik Sloth à la guitare, Doomdogg à la basse, Celestial Cobra à la batterie et Electric Starling aux synthétiseurs. Originaires d'Oslo, formation fondée en 2011, les musiciens de cette fine équipe partagent également leur temps dans divers projets allant du Black au Drone.

Spectral Haze est ce que l'on peut appeler un digne héritier du Hawkwind des années Lemmy Kilmister, de 1972 à 1975. Voix charnue, basse grondante, guitares saturées et cosmiques, batterie frénétique, et synthétiseurs hypnotiques, Spectral Haze est avant tout une expérience sonore qui ne se décompose pas réellement en morceaux. Certes, on retrouve six pistes, entre quatre et plus de huit minutes d'hallucinations électriques. Mais écouter « Turning Electric », c'est avant tout plonger dans un univers. On blâme souvent le Stoner d'être une musique revival, une mauvaise resucée d'un Rock seventies antique et inique, totalement dépassé par le modernisme éclatant de l'Electro et de la Pop urbaine. C'est oublier que Led Zeppelin et Black Sabbath se construisirent en piochant dans le Blues et le Folk anglais. Et qu'ils transfigurèrent cette matière pour en faire quelque chose de nouveau, de personnel et de moderne.

Spectral Haze, comme les américains d'Ecstatic Vision, s'imprègne avec délice d'Hawkwind, mais aussi des Pink Fairies pour offrir une matière novatrice. « Turning Electric » est palpitant de la première à la dernière note, car aucun espace n'est perdu. Il n'y a pas une seconde inutile, ce qui fait de ce disque une odyssée sonore totalement enthousiasmante. Les potences électriques tiennent l'auditeur dans le Hard'N'Heavy psychédélique, soutenues par une basse et des caisses fermement ancrées dans le sol. Les synthétiseurs papillonnent autour des riffs et des arpèges tendus. La voix de Spacewulff est superbe, bien plus riche que celle de Dave Brock. A la fois dotée d'un grain rauque, elle monte avec maestria dans les aigus avec facilité. Les chorus de guitare sont des dérapages de la mélodie, s'enfonçant dans le cosmos à grands coups de pédales wah-wah et de réverb liquide.

Que faut-il en retenir ?



Débuté par le très percutant 'Dawn Of The Falcon' et son riff obsessionnel, il s'enchaîne par le boogie cosmique 'Turning Electric'. La pièce de résistance se présente avec 'Cathexis/Mask Of The Transformation', près de neuf minutes de Prog-Punk spatial. 'Ajagandhi' enfonce à coups de marteau sur l'enclume un épais Heavy-Rock-Blues déchiré à grands coups de riffs maniaques. 'They Live' débute par ailleurs par un superbe riff tendu d'électricité moribonde, qui s'enfonce dans la psychédélie maladive. On renifle par moments l'odeur de 'Interstellar Overdrive' de Pink Floyd, en 1967, mais avec cette férocité toute propre au Rock de Ladbroke Grove. Les guitares s'entrecroisent magnifiquement, les synthés cosmiques propulsent l'ensemble vers le firmament étoilé.

L'album se clôt sur le doomesque 'Master Sorcerer', arrachant ce qu'il reste de piste de décollage. Spectral Haze vient, avec ce disque, de définir sa formule musicale définitive. Passionnant de bout en bout, il plonge l'auditeur dans un autre monde, et c'est parfaitement ce que l'on attend d'un bon disque de Rock. Comme l'on aimait écouter Pink Floyd ou Led Zeppelin au casque, on se régalera à écouter « Turning Electric », avec le sourire assuré de ceux qui savent.



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Après avoir passé les 3 dernières semaines à passer en boucle la cinquième progéniture des suédois de Graveyard, nous sommes à même de vous livrer la quintessence de ce 'Peace'. 

It Aint Over Yet démarre sur les chapeaux de roues. Titre puissant et court où Joachim Nilsson parler toute la puissance et la fureur de sa voix. Des titres comme cela, plus énergique ce 'Peace' en regorge. On y retrouve Please Don't, le single à l'intro musclée presque métal. Le titre est le plus lourd de l'album, un riff répétitif qui muscle l'ensemble et, une nouveauté, un clavier qui vient ajouter du corps au refrain. On pourrait également mentionner The Fox avec encore une fois son riff accrocheur et accrocheur ou encore A Sign Of Peace, titre hommage à leur ancien batteur Axel Sjorberg, le chanteur s'excusant presque de n'avoir pas pu arrêter le groupe et lui rappelant la contribution qu'il a pu apportée .

Peace, où quand les suédois s'arrêtèrent pour mieux repartir


Mais Graveyard c'est aussi des ballades comme le classique Cold Love.Une complainte amoureuse désabusé, une basse groovy, un refrain catchy à même de vous envahir le cerveau (et que vous allez vous retrouvez à fredonner dans des lieux impromptus).A noter le nouveau Oskar qui joue de sa batterie un cran au dessus d'Axel. Les suédois calent leur petite ballade bluesy avec Del Manic, du travail de pro de bout en bout.Joachim ne monte pas dans les aigus et montre une autre palette de son organe vocale. Mais surtout pour ces moments plus calme, on trouve au chant Truls, le bassiste qui remplace Joachim. On passe d'une voix aiguë à une plus basse qui pour le coup renvoie vraiment aux chanteurs en vogue durant les 70's. J'appréciais déjà son effort sur le précédent opus et je suis ravi de le voir reprendre du service sur See The Day mais surtout sur Bird of Paradise. On y retrouve un morceau tranquille à mi chemin entre le blues et la country. C'est bien simple on dirait que sur ce morceau, Jimmy Hendrix et Johny Cash sont venus mettre la main à la patte pour ce titre exquis. Plus rapide, plus habité que les autres, Truls montre qu'il ne cède en rien en talent à Joachim.
Enfin pour finir on a encore d'autres super mentions pour ce 'Peace', Walk On qui démarre immédiatement après The Fox. La basse de Truls vient caresser avec un rouleau compresseur les tympans de l'auditeur.  L'originalité du titre réside dans son break, calmant l'auditeur pour mieux le réanimer à coup de défibrillateur groovy. Low est le morceau dansant, celui qui sera à même de faire chavirer les foules cet été en s'écriant Get Back Get More !

Que faut il en retenir ?


Graveyard reste les maîtres de cet scène revival 70's. Là où bon nombre de leur compatriotes essaient de rester au plus près du son et de l'esthétique de l'époque, les gars de Graveyard ont eux imprimés leurs pattes et permettent par petite touches d'innovation ici et là de montrer que même après l'annonce de leur séparation puis leur reformation, le groupe n'a rien perdu de leur superbe.


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