THE GROUNDHOGS - Thanks Christ For The Groundhogs The Liberty Years 1968-1972 | Review



Dans la tête des pisse-froids de la musique, le Stoner-Rock est un affre de Black Sabbath, gamin branché et hédoniste d'un proto-Metal seventies qui n'intéresse que des rabat-joies anti-modernité. Le Stoner-Rock est aussi et avant tout la musique qui rattrape les erreurs du passé. Plutôt que de se borner à une poignée d'artistes des seventies, devenus des références absolues mais dont tout le monde se fout car la musique moderne n'est qu'électro et hip-hop, il se penche sur la matière du Rock, et s'abreuve de groupes merveilleux. Les américains ont tendance à boire à la source de Blue Cheer, Mountain, Sir Lord Baltimore, Kiss, et Pentagram. Les anglais s'abreuvent auprès de Black Sabbath, Budgie, mais aussi quelques merveilles proto-hard du noms de Stray, Groundhogs, Leaf Hound, Free, Chicken Shack et Savoy Brown.
Les Groundhogs sont un sacré cas de conscience, car ils furent des stars. Trois de leurs albums furent dans le Top 10 anglais des ventes d'albums, soutenus par la presse anglaise, avant qu'elle ne leur tire une balle dans la tête. Il importe de parler de formidable trio, car sa musique imprègne en réalité la Grande-Bretagne durant vingt ans.

Les Groundhogs sont fondés par le guitariste-chanteur Tony MacPhee et le bassiste Tony Cruickshank. La petite équipe s'impose dans le circuit des clubs dès le début des années 60 comme l'un des meilleurs ensembles de Blues anglais aux côtés des Rolling Stones, John Mayall, Alexis Korner… Ils ont la chance d'accompagner John Lee Hooker lors de sa tournée anglaise de 1965, et le vieux sage les trouve fabuleux. Il fera ouvertement appel à eux en 1968 et 1969 lorsqu'il reviendra en Europe, ne tarissant pas d'éloges pour eux.
Les Groundhogs se stabilisent autour de MacPhee, Cruickshank, du batteur Ken Pustelnik, et de l'harmoniciste. Ils signent sur le label Liberty. Pour faire un peu d'argent, MacPhee, du haut de ses connaissances sur le Blues noir américain, et de son oreille de producteur impeccable, est régulièrement sollicité pour des compilations de Blues anglais, ou pour capter des artistes américains sur les terres anglaises.
Le groupe enregistre un premier album en 1968 : « Scratching The Surface ». Le disque se révèle rude, bien plus que le premier opus de Fleetwood Mac, déjà considéré comme sans concession. Tony MacPhee est habité par le jeu de John Lee Hooker. Mais sa technique lui ouvre d'autres portes. C'est lui qui accorde la guitare de Hooker avant de rentrer sur scène. « Scratching The Surface » est une merveille de Blues rugueux, à la fois respectueux de ses origines, mais totalement désinvolte.
Le disque suivant ouvre de superbes possibilités. « Blues Obituary » est un chef d'oeuvre méconnu. Les Groundhogs y explorent avec panache le mélange du Blues-Rock et du psychédélisme. Et le résultat est sublime. 'BDD' débute comme un modeste boogie, avant de s'envoler vers des cimes électriques magiques. 'Daze Of The Weak' enivre encore et encore de ce Blues céleste, tout comme la reprise de Howlin'Wolf, 'Natchez Burning'. 'Light Of The Day' bouscule, et ouvre des perspectives merveilleuses.

Les choses se durcissent avec trois disques successifs déterminants. « Thanks Christ For The Bomb » pose les bases d'un discours politique s ans concession, mêlé à une musique Blues-Rock pétrie de violence impitoyable. Les mélodies sont magnifiques, les accords de guitare Blues brillant au soleil d'automne. Le disque est un absolu intellectuel, mêlant blues-rock, proto-hard, et psychédélisme avec une finesse rare. Au point que dès cet album, les Groundhogs alimentent l'inspiration des formations post-Punk. 'Eccentric Man' devient un tube obscur.
« Split » en 1971 est une décharge de chevrotine. Le groupe de Blues-Rock se mute en formation progressive. Mais il ne se départit pas de sa violence viscérale. Les Groundhogs sont au sommet d'un art assez curieux : le Progressive-Blues. La face B est une succession de détonations électriques totalement déconcertantes. 'Cherry Red' est un uppercut hard, 'Groundhog' est la reprise sincère du morceau fondateur de John Lee Hooker.
Avec « Who Will Save The World ? The Mighty Groundhogs », le groupe explore les sonorités des claviers pionniers, dont le mellotron. Le talent de compositeur de MacPhee brille avec force. Le Blues se mêle subtilement avec des audaces musicales incongrues. MacPhee créé une sorte de Folk électrique, blindé d'électricité. La chose dérange, mais révèle l'incroyable talent de Tony MacPhee. Sa quête va ouvrir d'autres horizons. La musique des Groundhogs devient un voyage.

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