INTERVIEW PIERRE - YVES JAN | CREATEUR DU DURNT FEST


Pierre - Yves JAN est l'instigateur du DURNT FEST. Président de l'association Frénesique située à Rambouillet (78), il gère d'une main de maître son association avec comme point d'orgue le festival qui s'est déroulé le 2 et 3 novembre 2018. Je vous propose de rencontrer ici un véritable passionné qui donne tout à la musique.

Interview datant du samedi 3 novembre 2018.

La Planète du Stoner Rock : Salut Pierre-Yves, dans un premier temps merci de me donner du temps pour cette entrevue. Peux-tu me présenter ton association Frénésique, retracer brièvement son historique et qui la compose? Et quels sont vos événements au cours de l'année?
Pierre-Yves JAN : Salut Doc, alors Frénésique est une association qui a été créée en juillet 2016 à Poigny La Forêt et qui est désormais basée à Rambouillet. Nous sommes désormais 2 pour l'association Marine qui est secrétaire / trésorière et moi même en tant que président. Même si au sein de l'asso, cela ne corresponds à rien n'étant que 2 nous faisons tout ensemble sans distinction ou hiérarchie. Nous travaillons en symbiose, chacun ayant ses préférences marine la logistique et le soutien et moi la programmation. Nous étions 4 à l'origine du projet mais le co-créateur de l'asso est parti par crainte dû au festival  et le second ne se retrouvait pas dans les projets que nous souhaitions mener. Au final n'être que 2 est vraiment plus simple, il y a une facilité de communication.
Le gros de notre boulot - en parallèle du Durnt Fest - est un projet appelé "Asso Skyzo". En fait, qu'importe la scène (Stoner, Death, Black...), nous organisons la soirée au Polo Pub de Rambouillet et nous ne faisons jamais 2 fois le même style : en mars ce fut une soirée Blues, en juin Stoner ( avec Starmonger et Thousand Watt Burn), en juillet Pop rock psyché et en septembre une soiree plus mixte avec du Steam punk puis le groupe Imparfait qui est le pendant français de Rage Against The Machine. Ce fut d'ailleurs une soirée épique avec des pogos et des slams sur une terrasse en plein Rambouillet (rires). C'est une bonne occasion de faire des découvertes et ça nous permets d'aider les musiciens du 78 en leur donnant un lieu où jouer.
Nous avons monter un partenariat avec le Polo Pub grâce à Antoine, son patron. Je suis venu un jour avec le projet d'organiser des concerts sur Rambouillet, mais tous les bars ferment de bonne heure et le Polo Pub est le seul a être ouvert tard. Etant breton à l'origine, ce n'est pas dans mes habitudes de voir ça (rires)!  En gros, Frénésique s'occupe des groupes et Antoine s'occupe de la logistique étant le lieu d'accueil des concerts.

La Planète du Stoner Rock : Et pour le Durnt Fest? Quel est son histoire? Et pourquoi ce nom?
Pierre-Yves Jan : Pour le nom? (rires) Oui, il y a pas mal de légendes autour ! (Ndlr : j'en ai moi même entendu 6 différentes rien que le vendredi soir) Mais nous y reviendrons après.
Le Durnt Fest est le premier événement de l'association. Nous sommes "nés" , comme je te le disais; en juillet 2016 et pendant les 6 premiers mois ce fut une véritable galère : nous cherchions des lieux mais sans moyens ni subventions - tout comme actuellement - nous n'avions que des refus. Donc un  jour, j'ai décidé d'aller voir le maire de ma commune de l'époque : Poigny La Forêt. Je lui ai demandé s'il acceptait d’accueillir un festival Rock dans la salle polyvalente lui expliquant le projet concrètement : 7 groupes, début 15h et fin à 2h ect... Il a d'abord été réticent, la salle avait déjà été dégradée par le passé, mais comprenant qu'il ne s'agissait pas d'une fête d'anniversaire pour ados survoltés mais d'un véritable événement par le biais d'un association avec une structure, des bénévoles et des garanties comme les assurances ect... nous avons reçu son accord et le festival est né comme ça.
Puis s'est posée la question : quel nom lui donner? Nous avons chercher avec Quentin (Ndlr : le photographe officiel du festival), chez moi pendant une session musicale. Il jouait de la guitare pendant que je cherchais des noms en écrivant toutes mes idées sur papier. Je cherchais un nom original incluant le mot "fest", un nom court, simple mais sans un coté "kermesse" (rires).  J'ai fini par demander à Quentin quel serait l'onomatopée du bruit du mediator sur les cordes de guitare. Et il a fini par trouver ce mot "Durnt". Le nom Durnt fest nous a plu et c'est resté. D'ailleurs, à l'origine ça s'écrivait "Dürnt", le tréma était un  hommage à Motörhead et à Lemmy qui venait de mourir. Mais pour des raisons de référencements Web et de visibilité, nous avons été obligé de le supprimer cette année car si on oubliait de le mettre en faisant une recherche, l’événement n'apparaissait pas. Ce fut un crève cœur mais nous n'avons pas eu le choix. Pour autant, si tu cherches un peu, tu peux retrouver des traces de "l'ancien" Durnt fest.


La Planète du Stoner Rock : Tu m'as expliqué que tu étais dans la scène electro avant, comment et pourquoi es-tu arrivé dans le Stoner?
Pierre-Yves JAN : Oui, au début des années 2010 j'étais vraiment à fond dans l'electro, je faisais des festivals j'adorais ça, il y avait une grosse vague de la scène Allemande c'était très bon. Puis peu à peu, la scène a changée, s'est uniformisée se tournant vers du minimalisme, ce genre de choses, et ça me faisait moins vibrer. A l'époque, j'étais en cours à 3iS, une école d'audiovisuelle, et des pote m'ont proposé d'aller avec eux a un concert : Weedeater et King Parrot. Le nom de "bouffeur de beuh" m'a fait marrer et l'anecdote du chanteur qui se tire une cartouche en nettoyant son fusil a fini par me convaincre, je devais voir ça (rires). Arrivé sur place, l'ambiance, la sympathie du public, la proximité avec les groupes et le son m'ont vite fait comprendre que ce serait une petite histoire d'amour.
La richesse de la scène est assez incroyable, tu trouves toujours ton compte. Ce soir par exemple : il y a Red Scalp avec son saxophone, ou même les Bretons de Stangala qui mélange de l'occulte avec du chant breton, de la bombarde et des rythmes Jazz. La scène est encore "pure" il n'y a pas d'argent en jeu, de la tête d'affiche à l'organisateur, tout le monde est pauvre (rires). Le Stoner est en pleine maturité, se tourne vers de la fusion, des choses plus "post". Le terrain de jeu est fertile, et c'est génial d'y cheminer.

La Planète du Stoner Rock : Et tu veux nous parler de Blues Pills? 
Pierre-Yves JAN : (rires) Tu balances ? Je ne te dirais plus rien ! Non mais attends le premier album est très bon! Je n'ai pas aimé le second mais le premier, j'assume (rires). Produit par Nuclear Blast, son 70's assumé et l'histoire du guitariste qui passe son bac alors qu'il est en tournée au Canada, le melting pot des origines des membres du groupes, tout me parlait. Tout était original dans le groupe. La qualité des compos et de production étaient vraiment bonnes, ils étaient en accord que soit sur les visuels, les tenues de scène et tout le reste. Après, tu prends Kadavar qui eux aussi dans le revival, pour avoir écouter leur premier album, je n'ai pas accroché. Leur pochette m'ont fait marrer mais je n'ai pas aimé le reste. C'est Quentin - encore lui- qui a toujours été dans le coté guitare et qui écoutait déjà du Stoner qui m'a fait découvrir aussi Triggerfinger, nous avons été les voir 2 fois, c'était génial. C'est lui qui m'a initié à la scène puis j'ai fait mes découvertes via Internet ou les concerts.
Pour revenir à pourquoi je suis resté dans le Stoner :  si tu es curieux, tu découvres rapidement de nouveaux groupes, puis des webzines, des pages Facebook ect. Tu découvres des asso et là tu te dis? Pourquoi être juste spectateur ? J'ai toujours été passionné par la musique donc je me suis lancé. Je suis dans l'esprit "Do it Yourself", tout à fond, on calcule pas et on y va. Et au final, regardes où ça mène l'association : aujourd'hui (Ndlr : le 03/11) on a Red Scalp qui a créé le Red Smoke Festival, hier (Ndlr : le 02/11) on a eu Spaceslug pour leur deuxième date en France. Il n'y a pas de regrets à avoir ! Notre but, avec l'association, est de venir en support de groupes talentueux et tu le vois sur notre affiche :  Deadly Vipers, StoneBirds, Human toy qui fait figure d'outsider mais qui va mettre un bon bordel tu vas voir! (Ndlr : il a eu raison!).
Je n'oublie pas pour autant que l'on doit beaucoup aux Stoned Gatherings. J'ai découvert beaucoup grâce à eux et ils ont défriché la scène pour des associations comme la nôtre ou des associations basées à Paris comme Below The Sun, Fuzzoraptor... Sans prétentions, on est la descendance et on reprends l'héritage car ils organisent moins de concerts désormais.  Pour Spaceslug, j'ai contacté Below The Sun afin de les signer pour une date en plus de la nôtre. On travaille ensemble pour essayer de faire vivre la scène.  Le Stoner reste pour autant une niche, il est nécessaire de la faire vivre au mieux.

La Planète du Stoner Rock : Question un peu plus drôle, tu as un budget illimité qui tombe du ciel pour l'association qu'en fais-tu? Quel serait le plateau rêvé?
Pierre-Yves JAN : J'ai imaginé un concept, un jour, si pour des raisons inconnues j'ai une énorme rentrée d'argent genre je gagne au loto: je pars entre la Picardie et la Région Parisienne et j'achète des terres. Je fais construire 5 scènes en cercle et chaque scène représente un continent. Je fais venir Iah d'Amérique du Sud par exemple, la scène Européenne en diversifiant les pays, la scène asiatique qui est plutôt inconnue... 3 jours où chaque scène/continent alterne avec des dizaines de découvertes. Ça serait un énorme projet et une programmation démentielle.
Et donc pour revenir à une affiche sans retenue financière : Sleep, Monolord peut être Rezn que j'ai découvert dans votre dernier podcast . J'hésite entre grosse tête d'affiche ou découvertes... Je rajoute In The Compagny Of Serpents, un groupe de Doom américain que j'adore. Je taperai aussi dans la scène norvégienne. C'est très compliquée comme question.

La Planète du Stoner Rock : Question découverte désormais : un album qui t'as marqué particulièrement cette année? 
Pierre-Yves JAN : Sleep "The Science" forcément comme tout le monde. Après j'écoute tellement de choses, compliqué de nouveau de sortir quelque chose. Si, le dernier Spaceslug, je les avais découverte avec "Lemanis" et même si j'ai eu plus de mal a rentrer dans "Eye The Tide" à cause de son coté Black mais c'est un excellent album. Pour moi, c'est une évolution naturelle de leur musique. Il fait parti de mes véritables coups de cœur. Après Deadly Vipers, que j'ai découvert via le shop Kozmik Artifactz,  ainsi que Domadora qui a sorti "Lacuna" une véritable tuerie, rien à jeter dans leur discographie. Je dirai même qu'ils sont sous-évalués pour la scène internationale. Je pense qu'ils ont clairement leur place dans des festivals plus gros et qu'ils méritent de grossir encore plus. Iah est aussi une de mes découverte de l'année.

La Planète du Stoner Rock : La question difficile pour finir, tu dois sauver une piste de Stoner dans tout ce que tu as pu écouter, laquelle est-elle?
Pierre-Yves JAN : Pour toi les questions d'avant étaient simples ? (Rires) Sans hésitation, Sleep "Dragonaut", que j'ai découvert par le biais d'une reprise par un groupe de potes. Ou sinon Spaceslug " Galectelion" cette montée en puissance du morceau, je me le suis passé en boucle. Il y a aussi Domadora " Ziggy Jam". Bon je triche mais je choisis ces 3 là.

La Planète du Stoner Rock : Je te laisse le mot de la fin.
Pierre-Yves JAN : Nous sommes une petite asso qui tente de faire les choses bien avec peu de moyen. Je ne comprenais pas pourquoi certains groupes n'avaient presque voire pas joué en France donc on a tenté de les signer. C'est une petite fierté d'avoir pu avoir Spaceslug cette année, ils sont tellement en train de monter en puissance que c'était l'année ou jamais tout comme Red Scalp. Nous avons aussi créé cette association pour éviter de monter sur Paris systématiquement, si des personnes des Yvelines veulent des concerts, ils n'ont pas cette obligation de déplacement. Frenesique est aussi là pour pallier à ça et pour prouver que la culture ne s'arrête pas à Paris. C'est un énorme risque financier car n'ayant pas de subventions, l'ensemble des frais est pris en charge avec les fonds personnels des membres de l'association. Si jamais cela ne fonctionne pas, on repartira sur une formule différente plus "punk" dans l'esprit avec des générateurs au milieu de la forêt (rires). Nous avons voulu faire les choses au mieux, c'est au public de faire le reste. J'avoue être parfois septique quand j'entends des réflexions du genre "c'est loin, faut prendre la voiture" alors que je distribue des tracts dans Paris et qu'il n'y a que 50 kilomètres à faire pour venir au festival. La scène parisienne devrait plus se serrer les coudes car à terme des événements comme celui ci n'existeront plus. Quand je constate en discutant avec des personnes du public qu'il y a des gens de Limoges, Le Mans ou Lille pour toi, l'immobilisme parisien m'exaspère un peu. Je suis Breton à la base et prendre sa voiture pour un concert est naturel pour moi. Il ne faut pas oublier que du Hellfest au Roadburn en passant par le Desert Fest, rien de tout ça n'est à Paris. Donc n'oubliez pas d'être curieux, ouvrez vous à d'autres lieux que Paris et vous ferez de bonnes découvertes. J'espère de tout cœur pouvoir reconduire le Durnt Fest l'année prochaine et dans tout les cas c'est une très belle expérience.

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