Bon alors… pffff… 'tain… bon …2020. Une année de merde, il n'y a pas d'autre mot, et je crois que vais un peu me répéter dans ce qui va suivre. Car quand la musique est mise à terre, c'est pour nous tout le début d'un long cauchemar. Curieusement, le stoner-rock ne s'en est pas trop mal sorti. Eh ! Quand on est déjà dans la dèche, on ne peut pas tomber plus bas. Alors tous les groupes que l'on aime se sont concentrés sur les disques et le studio. Et nous, isolés chez nous, nous avons avidement acheté ces fenêtres vers la lumière intérieure. Parce que l'on en avait sacrément besoin de cette évasion, à défaut d'être extérieure. Nous étions loin de nos amis, de nos proches, et de ces concerts qui font le sel de la vie. Et bon sang, que les groupes ont cravaché pour ne pas mourir. Colour Haze, Kadavar, Clutch… ont offert des sessions ou des lives confinés de superbe qualité, à des milliards d'années des médiocres interprétations des plus illustres « artistes » mainstream. C'est là que l'on reconnaît les vrais musiciens, ceux qui savent jouer sur un instrument en bois et en fer. Et c'est eux que l'on aime infiniment.


20 WAILIN STORMS – RATTLE


Il est parfois amusant de voir comment sont classées les musiques de certains groupes. La caractérisation de Wailin Storms est succulente : punk blues, gothic rock, death rock, garage punk… Difficile de classer une formation aux confins de plusieurs sentiers. Il est une certitude : Wailin Storms n'est pas du genre festif. On peut dire qu'ils sont une excellente entrée en matière de ce Top 20 de cette année de merde 2020. Wailin Storms délivre une vicieuse potion de stoner-rock, de blues-rock, et de punk cold-wave dans la lignée des premiers albums de Cure (« Seventeen Seconds » et « Pornography »). Ce n'est pas forcément joyeux, mais c'est dense et prenant. Et avouez : vous aimez ça.





19 SUN OF MAN – IV


Premier gang australien de cette modeste sélection, Sun Of Man est une formation instrumentale énigmatique. Ce nouvel album offre quatre jams qui ont la particularité de ne plus vous lâcher dès les premiers accords, comme si vous vouliez voir plus loin, pour savoir. Entre le stoner-rock et le rock psychédélique, Sun Of Man devraient interpeller notamment les amateurs de Yawning Man, autre virtuose du stoner-rock instrumental et planant. On me dit dans l'oreillette que vous êtes déjà en train de le chercher sur la toile.




18 KAYLETH – 2020 BACK TO EARTH


Le stoner italien, c'est une vaste aventure, pas si absurde en fait. Au contraire, le pays est devenu totalement légitime grâce à des formations progressives comme Le Orme, mais surtout grâce à ses pionniers doom : Death SS et Paul Chain. L'un des meilleurs groupes de doom-metal n'est autre que les excellents Bretus. Et comme autant d'étoiles filantes, l'Italie produit de formidables groupes stoner (qui se souvient des Shoes?). Kayleth existe depuis 2005, et sort son quatrième album. Voilà un très bon disque de stoner-metal imprégné de science-fiction bon marché, gorgé de riffs heavy, de rythmiques puissantes pleines de groove et d'un chanteur mélodique et soul du meilleur effet. Les amateurs de Fu Manchu et Sheavy devraient apprécier.




17 ELECTRIC PYTHON – INTO THE NIGHT


Trois garnements de Nashville, Tennessee, ont décidé de former un petit groupe de stoner high energy : Jeff Hime à la guitare et au chant, Braden Thrasher à la batterie, Logan Greeson à la basse. Ce premier album est un décoction de pur heavy-rock teigneux, qui transpire la good time music de glandeurs. Un excellent album sans aucune prétention autre que nous faire passer du bon temps.




16 BUFFALO FUZZ – VOLUME II


L'histoire de cet album n'est pas vraiment joyeuse, en vérité. Buffalo Fuzz est un duo originaire de Minneapolis composé de Jared Zachary à la guitare et au chant, et de Jake Allan à la batterie. Leur premier album sort en 2016. Porté par un vent favorable, le groupe se lance dans l'enregistrement d'un second disque. Mais en juin 2018, un mois après avoir enregistré les onze morceaux de ce disque, Jake Allan meurt brutalement à l'âge de 24 ans. Zachary a décidé de finaliser ce second album, particulièrement réussi, développant un heavy-blues lourd et saturé entre stoner et Black Crowes.





15 FROZEN PLANET 1969 – HYDROCULTURE


Comme tous les groupes de cette planète, les australiens de Frozen Planet 1969 se sont retrouvés coincés chez eux. « Cold Hand Of A Gambling Man » est sorti en avril 2020, mais c'est ce nouvel album qui aura attiré mon attention. Assemblage de trois jams de studio issues des sessions de l'album « Meltdown On The Horizon » de 2019, leur écoute s'avère passionnante. Frozen Planet 1969 est un groupe instrumental, justement spécialisé dans les improvisations heavy et psychédéliques, trois jams en totale liberté est donc leur environnement favori.




14 TURTLE SKULL – MONOLITHS


Restons en Australie avec de dignes représentants du son lourd : Turtle Skull. « Monoliths » est leur second album. Mêlant sonorités lourdes, chant planant et ambiance vaporeuse, Turtle Skull propose une musique rêveuse et lumineuse, obsédée par une forme de spiritualité lointaine. « The Clock Strikes Forever » qui clôt superbement l'album est assurément l'un des grands temps forts de cette année stoner-rock.




13 DOMKRAFT – DAY OF DOOM LIVE


Les albums live de stoner et de doom commencent à émerger de plus en plus régulièrement. Après l'excellente initiative du Roadburn Festival de proposer des enregistrements des artistes venus sur sa scène, voici le Day Of Doom de Barcelone. J'avais déjà flashé sur l'excellent album « Flood » en 2018. Les retrouver captés en direct est un vrai plaisir, surtout en cette cruelle période d'absence de concert.




12 RUFF MAJIK – THE DEVIL'S CATTLE


Le trio de furieux d'Afrique du Sud revient avec un nouvel album coriace, parfaitement dans la lignée de son très bon prédécesseur : « Tårn » en 2019. Johni Holiday est de retour avec ses riffs sales et sa voix de gamin furieux, solidement secondé par le bassiste Jimi Glass et le batteur Beni Manchino. Entre uppercuts furibards et riffs massifs, « The Devil's Cattle » coche toutes les cases du très bon disque doté de cette personnalité toute particulière qu'est celle de Ruff Majik.




11 TEMPLE OF THE FUZZ WITCH – RED TIDE


Un riff qui rampe, c'est le doom-metal. Temple Of The Fuzz Witch en propose sa version, saturée, survolée par la voix d'enfant perdu de Noah Bruner. Le trio de Detroit ne révolutionne pas le genre, mais délivre un album solide et obsédant, sombre et désolé comme leur ville qui se meurt.




10 CRUST – AND A DIRGE BECOMES AN ANTHEM


Crust est un trio de stakhanovistes moscovites qui pratique un sludge-metal mêlant le Black-Metal de Darkthrone, le Doom désespéré et fou des Slomatics, et le Sludge ravageur de Down et Crowbar. Stakhanovistes, car leur site bandcamp propose régulièrement EPs et enregistrements live. Bien que cet album soit leur premier, leur discographie est déjà fournie. La lumière y est lointaine, pâle. Cela n'empêche pas une forme de groove obsédant, celui de la colère à la limite du delirium tremens, de celle qui sied si bien à notre époque.





09 OSEES – METAMORPHOSED


Autres stakhanovistes du disques, les Osees (anciennement Oh Sees… l'an dernier) du guitariste-chanteur John Dwyer continue leur cavalcade d'albums. « Metamorphosed » est le second de l'année après le plus ramassé « Protean Threat ». « Metamorphosed » semble fermer un cycle débuté avec « Face Stabber », et contient deux impressionnantes pièces de musique oscillant entre heavy-psyché et jazz-rock : 'The Virologist' et 'I Got A Lot'.




08 CARDINALS FOLLY – DEFYING THE RIGHTOUS WAY


Un bon Top 20 ne peut vivre sans un bon disque de doom-metal démoniaque. Cardinals Folly est incontestablement le grand espoir du genre dans sa forme traditionnelle, dans la lignée de Reverend Bizarre, Lord Vicar, Candlemass et Pentagram. J'attendais ce nouvel album avec une certaine gourmandise, car Cardinals Folly n'avait sorti que d'excellents albums, quatre au compteur et une compilation de leurs deux premiers EP. « Defying The Rightous Way » ne trahit pas cette prestigieuse lignée. Puissant, massif, dotés de riffs obsédants, piloté par la voix possédée et incantatoire de Mikko Kääriäinen, ce nouvel album n'a pas le désespoir dans l'âme, mais la rage guerrière moussant au bord des lèvres. Dooooom !





07 KANAAN – DOUBLE SUN


Kanaan a fait fort juste avant ce maudit confinement, non pas avec un seul, mais deux superbes albums en 2020. Les « Odense Sessions » avait ravi nos oreilles avec quatre superbes jams en collaboration avec le guitariste de Causa Sui : Jonas Munk. S'éloignant des rivages jazz de « Windborne » pour une approche plus psychédélique, Kanaan réussissait sa mutation. Ils l'avaient annoncé : le disque suivant serait différent du premier. « Double Sun » confirma la tendance, avec toutefois un retour au jazz-rock. Mais l'apport psychédélique des sessions avec Jonas Munk avait imprégné la musique du trio norvégien. Ce troisième disque confirmait tout le bien que l'on pensait d'eux, trois musiciens brillants aux confins du jazz, du heavy-psyché et du stoner-rock.



06 ELDER – OMENS


Oh oui, cet album divisa la rédaction de cet illustre site web ! Jamais le débat ne fut plus acharné que sur ce disque. Imaginez donc : pour la première fois, personne ne voulait chroniquer ce nouvel album de Elder, groupe pourtant au combien chérit par l'ensemble des chroniqueurs de la Planète Du Stoner-Rock ! Je m'y collai, non sans plaisir, car oui, « Omens » est un grand disque de Elder. Il a pris de court les fans par son apparent manque d'énergie et son approche plus progressive. Où était passée la fameuse puissance de Elder ? Eh bien, elle est toujours là, concentrée dans les mélodies, infusant comme un poison plutôt que comme un violent tord-boyau.




05 COLOUR HAZE – WE ARE


Depuis vingt-cinq ans, Colour Haze fait du Colour Haze, alors pourquoi attendre quelque chose de différent quand c'est passionnant ? Cette affirmation est un peu fausse, dans le sens où depuis « She Said » en 2012, Colour Haze a apporté d'autres couleurs à sa musique : cuivres, piano électrique, mellotron. « We Are » poursuit cette veine d'ouverture musicale, flirtant avec le jazz-rock, sans jamais modifier ni son ADN ni sa sonorité si caractéristique, offrant une discographie aussi riche qu'exemplaire.




04 PALLBEARER – FORGOTTEN DAYS


Pallbearer est la relève du doom aux Etats-Unis, mais restreindre sa musique à quelques piliers du genre comme The Obsessed ou Pentagram serait un peu court. Toujours en quête de nouvelles sonorités pour enrichir leur mixture sonore, Pallbearer aime à injecter du rock progressif, King Crimson notamment. D'une puissance émotionnelle rare, doté de mélodies sublimes, ce nouvel album est bien l'un des disques de cette année de merde 2020, permettant de remuer les émotions au plus profond de soi, enfermé chez soi, ayant perdu tout contrôle de nos propres destinées.





03 PREDATUR – WEIDENHAUS


Si le stoner est la connexion étroite entre le rock moderne et son prestigieux passé heavy et psychédélique, alors Predatür a toute sa place ici. Son histoire remonte à 1976, lorsque le guitariste Baz Barry fonde au lycée un groupe de fondus de Status Quo. Ils seront rattachés à la New Wave Of british Heavy-Metal grâce à leur premier EP de 1982, et leurs concerts tonitruants. Il faudra pourtant attendre 2005 pour voir leur premier (et excellent) album : « Mean ». Après le second, « In Your Garden » en 2007, un long silence s'en suivit. Et puis vint « Weidenhaus ». Toujours influencé par Status Quo, Predatür a laissé de côté le boogie sauvage pour retrouver la veine blues psychédélique des deux premiers disques boogie du Quo : « Ma Kelly's Greasy Spoon » de 1970 et « Dog Of Two Head » en 1971. A cette saveur très particulière s'ajoute une touche de blues anglais, notamment le Fleetwood Mac originel avec Peter Green. Un disque passionnant, enregistré à l'ancienne, qui je l'espère, est le retour durable d'un groupe fascinant.



02 WITCHSKULL – A DRIFTWOOD CROSS


« A Driftwood Cross » est sans aucun doute le meilleur album de Witchskull à ce jour. Parfaitement affûté, il a conservé l'agressivité des deux premiers opus, mais a su la dompter. « The Vast Electric Dark » et « Coven's Will » étaient deux superbes uppercuts de Doom-Metal rageur. « A Driftwood Cross » est de la même espèce, le son est puissant, maîtrisé, massif. Le trio est resté fidèle à un Doom incendiaire porté par la voix rocambolesque de puissance diabolique du guitariste-chanteur Marcus De Pasquale, mais a su dompter sa force pour plus d'impact. Mission réussie.



01 SLIFT – UMMON


Si l'ordre de cette sélection est globalement arbitraire, et ne correspond pas à une hiérarchie en terme de qualité, mettre « Ummon » de Slift en tête de ce classement a un sens. Car oui, il s'agit selon moi du meilleur disque de l'année, et pas que de stoner, mais bien de rock. Lorsqu'un album revient sur votre platine ou dans vos écouteurs au moins une fois par semaine depuis un an, diffusant la même puissance émotionnelle qu'à la première écoute, c'est que l'on n'a pas affaire à n'importe quel album. Les Toulousains de Slift ont fait incroyablement fort, et il est désespérant que ce superbe disque fut privé d'une solide tournée de concerts pour en soutenir les ventes. Les trois petits gars dominent de la tête et des épaules toute la production internationale avec ce monument. Un chef d'oeuvre, et chaque mot est pesé.






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