Pour ce deuxième article consacré à la série des « Ecrits Désertiques », j’ai décidé de m’attarder sur un lieu connu puisqu'on part faire la visite du Rancho de la Luna, l’emblématique studio d’enregistrement basé à Joshua Tree dans le désert californien. Avec cette visite, on aura le plaisir de rencontrer Dave Catching, le proprio du studio, et d'en savoir un peu plus sur lui avec ses différents projets musicaux. Montez dans la benne du pick-up, on part faire un tour dans ce lieu chargé d’histoire…

Rancho de la Luna, une expression du mouvement du desert rock


C’est au début des années 1990, en voyant un panneau "maisons à vendre avec  terrain" au détour d'une route que Fred Drake décide de créer un studio d'enregistrement dans la périphérie désertique de la bourgade de Joshua Tree. Dans cette aventure le rejoindra un certain Dave Catching, lequel ayant perdu un restaurant en Louisiane, qui sera là en tant qu'ingénieur son pour les artistes. A cette époque, il pensait faire le job quelques mois par an, la cuisine étant son autre passion. C’est donc en 1993 que le Rancho de la Luna est créé dans l’optique d’offrir aux artistes la possibilité de venir enregistrer leurs albums, toujours à moindre frais que dans d’autres studios d’enregistrements plus réputés.

En un peu plus de vingt-cinq ans maintenant, il est devenu une sorte de véritable institution puisqu’il a vu passer un bon nombre d’artistes entre ses murs ; et contrairement à ce qu’on peut penser, tous ne sont pas forcément issus de la scène stoner à proprement parler. En effet, si on doit décerner une médaille au groupe ayant le plus enregistré d’albums dans ce studio, c’est bien la bande du charismatique Dave Grohl, les Foo Fighters.


D’accord, mais alors quel lien avec le desert-rock si le studio n’a pas vraiment eu entre ces murs les ténors du genre ? Alors, des ténors il en a vu passer quelques-uns comme les gars de Kyuss et leur single ‘Into the Void’ sorti en 1996. Mais à cela s’ajoute également les Queens of the Stone Age avec l’enregistrement de leur tout premier album dans ces locaux. C’est aussi dans entre ses murs que sont nés les albums de Desert Sessions, un collectif qui regroupe la fine fleur de la scène californienne bien qu’il soit en hiatus depuis de nombreuses années déjà.

S’il y a bien une personne de la scène qui gravite autour du Rancho de la Luna, c’est Joshua Homme avec ses différents groupes ou projets, tout dépend du point de vue. Queens of the Stone Age, Eagles of Death Metal, Them Crooked Vultures, Kyuss, Desert Sessions… et j’en passe, tous sont passés au Rancho de la Luna pour enregistrer leurs albums. On notera aussi le passage de Brant Bjork et de son célèbre « Jalamanta », et plus récemment John Garcia avec son dernier album « Band of Gold ».

La particularité du Rancho de la Luna par rapport aux studios d’enregistrements qu’on peut qualifier de « traditionnels », c’est qu’il n’en est pas un. Non, c’est une maison située quelque peu à l’écart du centre de Joshua Tree, dans laquelle il y a du matos pour faire de la musique un peu partout. Quand on s’informe un peu sur le lieu – toujours tenu par Dave Catching – on peut voir la simplicité et le côté do it yourself propre au desert-rock. Je vous glisse une petite vidéo qui vous montre les lieux ; on ressent presque la bonne humeur et la coolitude qui s’en dégage dans tout ce joyeux bazar. Oh et vous êtes prévenus : si jamais vous voyagez aux States, n’y allez pas sans prévenir l’hôte au risque de vous faire envoyer bouler. On ne s'invite pas chez les gens comme ça, non mais !


Dave Catching, patron du Rancho de la Luna et artiste accompli


Il est difficile de parler du Rancho de la Luna, sans s’attarder sur son hôte particulier. En tant que français, on connait Dave Catching notamment parce qu’il était sur scène lors de l’attentat du Bataclan en novembre 2015. Reconnaissable à sa longue barbe blanche, Dave officie dans les Eagles of Death Metal mais également dans d’autres projets en commun avec Josh Homme ou Jessie Hughes.

Pourtant, l’artiste évolue dans d’autres formations qui valent le détour et qui permettent de brosser un portrait du type, et surtout de ces influences musicales. C’est le cas avec son groupe Mojave Lords qui propose un heavy-rock du désert très sympa. On ressent pas mal l’influence de EODM dans les riffs de guitare – en même temps, Dave occupe le même poste – mais avec une lourdeur qui vient englober le tout. Ecoutez le morceau ci-dessous, ça vaut bien mieux que mille mots. D’ailleurs dans ce clip, vous reconnaitrez l’intérieur du Rancho de la Luna !


En 2017, il a sorti un album intitulé « Shared Hallucinations ». C’est un disque très hétéroclite puisque plusieurs genres se mélangent pour faire un album unique. Pour pondre cette galette, il s’est entouré de différents artistes pour chaque morceau. Ainsi, on passe d’un morceau ressemblant à du QOTSA à un autre qui commence en blues et qui se montre finalement un peu plus psychédélique. On ne sait pas vraiment à quelle sauce nos tympans vont goûter une fois qu’un titre se termine. Je vous recommande très chaudement d’écouter cet album jusqu’à la fin, il propose un très bon panorama de ce que Dave Catching a à proposer au niveau musical. Il montre parfaitement que c’est un gars qui touche un peu à tout, du moment que ça reste du rock n’roll !


Enfin, j’en parlais en début d’article mais il est difficile de ne pas parler de son groupe Earthlings? qui évolue dans le rock psychédélique. Etant amateur de ce genre, il est compliqué de ne pas tomber sous les charmes des mélodies lysergiques. Créé en 1994 avec son ami Fred Drake – qui était le co-propriétaire du studio jusqu’à sa mort en 2002 – et Pete Stalh, ce trio nous sert un rock psychédélique qui peut prendre plusieurs formes : musique envoûtante qui font penser à un rêve, riffs de guitare lourds avec des pointes d’expérimentations sonores jusqu’à passer à des morceaux acoustiques. Là encore, l’éventail est large et il est difficile de ne pas trouver un album ou ne serait-ce qu’un titre à son goût. Je vous propose d’écouter le titre ‘Nothing’ issu de leur premier album sorti en 1998 ; un titre dont la musique créé comme un sentiment de nostalgie en moi, comme si je prenais conscience du temps qui passe. C’est quand un titre nous fait vibrer à ce point qu’on se rend compte de l’importance de la musique dans la vie n’est-ce pas ?


C’est donc sur ces notes que ce termine cet article. Le Rancho de la Luna est donc un lieu assez atypique puisqu’il est à la fois un lieu de vie et un lieu d’enregistrement. C’est dans cette maison située un peu à l’écart de Joshua Tree que des albums à la renommée internationale sont enregistrés comme ce fut le cas avec le dernier d’Iggy Pop ou encore les Arctic Monkeys. Si je ne me suis pas attardé sur ces derniers, c’est parce que j’essaie de conserver avant tout le lien avec le desert-rock. J’espère de tout mon cœur vous avoir donné envie d’écouter les différents projets de Dave Catching, un artiste qui est peut-être un peu moins connu que certains de ces amis comme Josh Homme. Sur ce, je vous laisse, je pars dans l’espace avec Earthlings encore une fois…


0 Commentaires